Alain Ferstler : « Le Club Vosgien a conquis le Brésil »

Bon pied, bon œil, le Club Vosgien célèbre cette année ses 150 ans. Né à l’orée du XXe siècle, il est devenu en plus d’un siècle un acteur majeur de la promotion et la défense du patrimoine naturel du Grand Est. « Nos méthodes se sont même exportées jusqu’au Brésil », rappelle son président fédéral, Alain Ferstler.

Par Thierry FEDRIGO

 

 Alain Ferstler est président de la Fédération du Club Vosgien depuis 2017 qui regroupe 130 associations locales et 30 000 membres.  Photo ER /DR

 Alain Ferstler est président de la Fédération du Club Vosgien depuis 2017 qui regroupe 130 associations locales et 30 000 membres.  Photo ER /DR

Le Club vosgien, dont vous présidez la fédération depuis 2017, fête ses 150 ans cette année. Comment se porte le plus que centenaire ?

On est aujourd’hui à 129 associations. Une 130e va nous rejoindre au mois de septembre. On compte un peu moins de 30. 000 membres parce qu’on a perdu pas mal de gens pendant la Covid. Autour de 4.000 personnes ont quitté le Club pour diverses raisons. Néanmoins, on continue de tout faire pour recruter des adhérents, pas forcément des randonneurs, mais aussi des gens qui ont envie de donner un coup de main pour l’entretien de nos itinéraires, pour faire du balisage… On cherche aussi des gens qui pourraient être guides de randonnée.

Le Club vosgien a été créé en 1872. Il est le plus ancien club de randonnée de France. Qu’a-t-il apporté à la discipline ?

  Déjà, tout le balisage que l’on connaît aujourd’hui. En 1921, il a été reconnu par les « Eaux et Forêts » comme étant le balisage qui prévalait sur les autres, en tout cas dans le massif des Vosges.

Il a été adopté dans d’autres régions ? 

Dans d’autres régions, non. Mais dans d’autres pays, oui. Le Brésil, la Lettonie et l’Ingouchie, en Russie, l’utilisent. Et puis, on a été approché récemment pas le Tadjikistan. Ils veulent qu’on leur fasse connaître notre savoir-faire. 

Quelle est, selon vous, la vocation profonde du Club Vosgien ?

  Le Club Vosgien a plein de cordes à son arc. Il ne faut pas le réduire au cliché des petits vieux qui vont se balader le dimanche. Ce n’est pas cela. On a développé la marche d’orientation, la marche nordique, l’escalade, le ski, le vélo… On veut poursuivre cette diversification pour attirer de nouveaux pratiquants. On a, par exemple, des groupes de trailers qui sollicitent des associations locales pour les rejoindre. Tant mieux pour nous. Ces sportifs renvoient une autre image du Club Vosgien. 

Rajeunir votre image est une préoccupation ?

 Oui. C’est pour cette raison qu’on a revu notre logo l’année dernière. Comme beaucoup d’associations, on a un souci pour recruter de nouveaux membres. Cela dit, en 1912 et en 1952, le Club Vosgien se demandait déjà comment faire pour recruter des jeunes. 110 ans après, on se pose toujours la question, mais on est encore là. Ça veut dire que, finalement, ça marche quand même.

Ça « marche », mais vous ne faites pas que cela. Et c’est d’ailleurs ce qui fait de vous un acteur majeur de la défense et de la promotion des espaces naturels régionaux ?

C’est vrai qu’avoir des membres pour randonner, c’est une chose, mais trouver des bénévoles pour remplir toutes nos missions, c’en est une autre. Grosso modo, le Club Vosgien accumule chaque année entre 78. 000 et 75. 000 heures de travail bénévole. Il faut, en effet, savoir qu’il y a des associations qui sont deux à trois fois par semaine sur le terrain. Elles entretiennent les sentiers, le balisage… Elles font tout pour que les gens puissent randonner en toute sécurité. C’est un gros travail qui coûterait cher si les collectivités devaient le reprendre à leur compte. Nous sommes aussi des gardiens et des jardiniers du paysage. On est très impliqué dans la partie environnement. 

Quelles sont les évolutions à venir du Club Vosgien ?

 Aujourd’hui, notre stratégie est de diminuer le nombre d’itinéraires qui n’ont pas un véritable attrait. On a actuellement 20. 000 kilomètres balisés en Alsace et Lorraine. On arrête la course aux kilomètres. Ce qu’on veut mettre en avant, ce sont des sentiers qui racontent une histoire. Il faut que les circuits aient un intérêt. On veut emmener les gens à la découverte de la région, de sa culture, de ses richesses. On s’occupe aussi de l’entretien de l’extérieur des châteaux qui se trouvent sur nos itinéraires. On voudrait davantage valoriser ce patrimoine. On veut aller vers la qualité, plus que la quantité

Le but est aussi de participer à l’attractivité touristique de la région ?

 On veut apporter un plus aux territoires. À travers nos itinéraires, on arrive à attirer du monde. Le but est aussi là. Il faut savoir qu’un randonneur dépense en moyenne 40 € par jour, notamment celui qui fait de l’itinérance. C’est peut-être minime, mais ça a tout de même un impact économique sur la région. Il y a 24 millions de randonneurs en France. Il faut prendre en compte cette ressource. Aujourd’hui, on est sur la plate-forme allemande «  Outdoor activ  » où on est vu dans 116 pays. 350 de nos circuits y sont téléchargeables gratuitement. Nous y avons mis les circuits les plus attrayants. On a aussi noué un partenariat avec le fabriquant de GPS Garmin.

Qu’est-ce qui fait que vous vous êtes engagé dans cette association en particulier ?

 Parce qu’elle a une vraie identité populaire. On y vient pour marcher, mais surtout pour la convivialité. Je pense qu’on a un rôle social à jouer. On le joue d’ailleurs fort bien puisqu’on mélange les générations et qu’on permet aux gens de se rencontrer. C’est très important. Ça me fait vraiment plaisir de voir les gens échanger, se retrouver autour d’un verre après une belle marche. En plus, on est très accessible. La cotisation est très modique, 18-20 €/an. Je ne cesse de répéter qu’il faut perpétuer cet esprit du Club Vosgien. C’est d’autant plus important à un moment où beaucoup se comportent en consommateur plus qu’en acteur. Le Club Vosgien, c’est autre chose… 

C’est aussi tous les invisibles qui œuvrent pour qu’on se fasse plaisir…

 Oui. Il faut penser à ces gens-là, il faut les féliciter et respecter leur travail. Je les appelle les travailleurs de l’ombre. Si on peut marcher sans se perdre et admirer des paysages, c’est parce qu’il y a des gens qui s’occupent de nos itinéraires. 

Pour finir, une date à retenir pour cette année anniversaire ?

 Pas vraiment. Des associations vont organiser des événements dans leurs secteurs. Du 25 au 31 juillet, par exemple, le club Sarreguemines propose une semaine marchante. Au musée de Saverne, au château des Rohan, il y a aussi une exposition sur le Club Vosgien qui va durer six mois. J’invite tout le monde à se rapprocher des clubs locaux pour en savoir plus. Que les gens qui ont envie de nous rejoindre n’hésitent pas. Ils seront bien accueillis. 

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